Les Hommes s’imaginent aériens
alors qu’ils ne sont que racines, s’imaginent fragiles
alors qu’ils sont l’éternité, pleurent
sur leur isolement alors qu’ils sont communauté, et
méprisent la splendeur tout en cherchant la beauté.
La peinture n’est pas un travail d’information.
Les peintres ne sont pas des journalistes.
Ils ne sont salariés par personne pour rendre compte de l’état
réel ou supposé du monde.
Les journalistes parlent, les peintres peignent, c’est bien
connu.
La peinture est le contraire d’un media.
Les media sont fabriqués comme des produits surgelés,
dans des coopératives de banlieues par des ouvrières
anonymes et transies.
La peinture, celle de Béatrice de Fays, est fabriquée
lentement, dans l’entrelac mystérieux du souffle, du
corps et du geste, par strates, par couches successives qui agissent
et révèlent le monde au regard du passant. Ainsi,
et ainsi seulement, la peinture s’inscrit au fronton des mémoires
malgré les disparitions et les évanouissements programmés
des « actualités ».
C’est par le geste, celui du peintre, que le vivant entre
dans la peinture, « entre en peinture »… Et ce
geste atteste de la réalité de la présence
au monde de l’artiste, de son implication,même si les
attributs concrets de cette implication restent (heureusement) opaques
au regardeur distrait.
Béatrice de Fays agence et ré-agence sans fin des
matériaux, recherche puis organise des « intercessions
» entre les éléments rassemblés aussi
disparates soient-ils.
L’œuvre réalisée se propose ensuite de
devenir le lieu d’une seconde « intercession »
entre le monde intérieur du peintre et les mondes ondoyants
des visiteurs-invités. Intercéder, relier, transmettre
: la trinité éternellement fondatrice de l’histoire
du monde.
Pierre Bongiovanni. |
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Men think they are aerial when they
are nothing but roots, fragile when they are eternity, they lament
over their isolation when they are a community and they despise
splendour while searching for beauty.
Painting is not an information work.
Painters are not journalists.
They are not paid by anyone to express the real or supposed state
of the world.
Journalists speak, painters paint, that’s a well-known fact.
Painting is the contrary of a medium.
Media are produced like quick-frozen foods in suburban co-operatives
by anonymous and paralysed women.
Painting, Béatrice de Fays’ painting is slowly created
within the mysterious interlaced design of breath, body and gesture
by strata, successive layers that operate and reveal the world to
the passer-by’s eye. Thus and only thus painting comes to
the face of the
memories besides the scheduled disappearances and vanishings of
“actualities”.
It’s by gesture, the painter’s one that living comes
into painting, “joins painting”… And this gesture
attests the reality of the artist’s presence to the world,
attests her involvement, even if the concrete attributes of this
involvement (fortunately) remain opaque to anyone glancing around.
Beatrice de Fays endlessly lays out and re-lays out materials, search
for and organize “intercessions” between the elements
brought together however dissimilar they may be.
The created work intends to become the place for a second “intercession”
between the painter’s inner world and the invited visitor’s
changeable worlds. To intercede, to connect, to transmit: the trinity,
eternal founder of the history of the world.
Pierre Bongiovanni. |
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La peinture est un tango
Au cours du processus créateur, la douleur de la rupture
est porteuse de sens, toujours… elle témoigne de courage,
de remise en cause du langage et, donc, de la personnalité
et de la sensibilité au monde.
Les premiers travaux graphiques de Béatrice de Fays
relevaient de l’illustration; c’est à dire
qu’elle produisait des images qui n’étaient
qu’un commentaire destiné à des domaines
extérieurs à la création plastique proprement
dite. Or l’exigence que Béatrice manifeste envers
son travail implique un champ d’investigation plus large
et débarrassé de toute connotation annexe, et
ce besoin de radicalisation d’attitude la porte tout naturellement
vers la peinture, mais pas n’importe quelle peinture,
le sujet, ancré dans une réalité transposée
à travers l’utilisation du document ethnographique
implique une analyse du regard relevant d’un «réalisme
» subjectif et critique; au sein du champ de l’Art,
l’image ethnographique échappe à son milieu
et devient universelle, son sens sociologique bascule dans
le cadre d’une étique personnelle qui tend à
restituer à l’homme une dignité perdue.
La transposition répétitive de l’image photographique
à travers le geste donne finalement à lire des «
instantanés d’instantané » et la sérialité,
la répétition, sont la non pour souligner des analogies
ou des similitudes, mais bien au contraire pour mettre en lumière
des différences et nous montrer combien le regard est «
menteur »; il s’agit bien là d’une «
écriture » et la mise en espace du travail met bien
en évidence la problématique de lecture de l’œuvre:
lecture linéaire destinée à libérer
un contenu émotionnel qui est de nature littéraire
et critique, délibérément.
Le travail porte l’empreinte du lieu où il a été
conçu et réalisé ( une ancienne imprimerie
désaffectée ) mais il témoigne aussi de l’environnes?ment
extérieur, des rencontres, des joies et des doutes rencontrés
lors du séjour de Béatrice à Epinal: ces images
ne sont pas pour autant « narratives », elles sont les
traces d’un récit intérieur qu’il nous
appartient de déchiffrer avec notre propre sensibilité.
On mesurera les différences évidentes entre ce travail
et les quelques pièces exposées réalisées
lors d’un précédent séjour au CICV Centre
de recherche Pierre SCHAEFFER : le lieu, cette fois, avait déterminé
un travail beaucoup plus intériorisé, peut être
plus « réfléchi » mais moins spontané,
sans pour autant en altérer les qualités plastiques.
De même, le projet « Terre blanche » prévu
pour le mois de mai 1997 au CICV Centre de recherche Pierre SCHAEFFER
est d’une toute autre nature dans la mesure ou l’analyse,
l’exploitation de l’espace de l’image et de sa
perception à travers une « écriture »
élargit considérablement le champ expérimental:
il s’agit d’une installation qui fera intervenir l’image
projetée, la vidéo, le film et le son. Il ne s’agit
pas là d’ajouter quelque chose à la peinture
( qui n’en a nul besoin ), mais là encore de tenter
de révéler l’essence même des choses.
Les strates du palimpseste, les couches de matière qui se
superposs?ent pour faire naître l’image sont révélées
par le film et l’image projetée sur l’œuvre
piège le spectateur dans l’œuvre. La peinture
est une danse: il y faut une musique… Introspection à
travers le regard des autres, cette installation sera à mon
sens, avant tout peut être, un généreux geste
d’Amour.
Bernard Huin. 19 décembre 1996 |
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Painting is like a tango
In the course of the creative process, sorrow from breaking
off carries a sense, it always does… It gives evidence
of courage, of calling language into question and therefore,
of the personality and sensitiveness to the world. The first
graphic works by Béatrice de Fays participated of illustration;
which means she produced images that were only a commentary
intended for fields outside the plastic creation strictly
speaking. Now as Béatrice requires a lot of her work,
it implies a broader field of investigation rid of any supplementary
connotation, and this necessity for radicalisation in attitude
naturally leads her towards painting, but not any kind of
painting. The subject, settled in a reality that is transposed
through the use of ethnographic documents implies a view analysis
related to a subjective and critical “realism”;
within the Art field, the ethnographic image gets away from
its environment and becomes universal, its sociological sense
shifts to a part of a personal ethic that tends to give a
lost dignity back to human being.
The repetitive transposition of photographic image through gesture
finally allow to read “snaps of snapshot” and seriality,
repetition aren’t used to emphasize analogies or similarities,
but on the contrary to bring differences to light and show us how
“false” the look is; it really is a question of “script”
and the space setting of the work underlines the reading problematic
of the work: a linear reading intended to liberate an emotional
content that is deliberately of critical and literary nature.
The work wears the s?mark of the place where it has been conceived
and created (an old closed printing house) but it also gives evidence
of the outside environment, of Béatrice’s encounters,
joys and doubts when she stayed in Epinal: but these images are
not “narrative” ones, they are the marks of an inner
narration we have to decode with our own sensitiveness. We will
measure the obvious differences between this work and the few exhibited
pieces created during a former residence at the CICV Pierre SCHAEFFER
Research Centre: the place, on this occasion, had given rise to
a much more interiorized work, maybe more “pondered”
but less spontaneous, without spoiling its plastic qualities. In
the same way, the project “Terre blanche” planned on
May 1997 at the CICV Pierre SCHAEFFER Research Centre is quite of
another nature insofar as the analysis, the exploitation of the
image space and of its perception through a “script”
considerably widens the experimental field: it’s about an
installation that will bring in screened image, video, film and
sound. That is not a question of adding something to painting (nothing
else is required), but still of trying to reveal the very essence
of thing. The strata of the palimpsest, the layers of material that
are superimposed to let the image appear are revealed by the film,
and the image screened on the work traps the spectator inside the
work. Painting is like a dance: it requires a music… As an
introspection through the others’ eye, this installation will
be first of all maybe, to my mind, a generous gesture of love.
Bernard Huin. 19 décember 1996 |
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La différence
L’œuvre d’art existerait-elle si elle n’était
jamais confrontée à un public ?
L’évidence nous conduit à répondre
non.
Ce public prend donc part à l’existence de l’œuvre,
même s’il n’est pour rien dans son processus
de création.
Avec une conscience aiguë de cette problématique,
B2Fays apostrophe, interpelle, provoque ce public pour lui
permettre, par l’entremise de technologies avancées,
d’inscrire ses réactions dans l’œuvre
même, dès les prémices de sa création.
De cette rencontre naît un échange de signes,
de traces visuelles et sonores de sa propre exploration et
de la découverte de l’autre.
Cette entrée en peinture dépasse l’apparence
et sans doute les individus dans leur trivialité pour
atteindre le niveau de l’essence de l’être,
l’énergie créatrice de l’humain,
le souffle de l’âme.
Alain Lidralt. 13 juin 2005 |
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The differency
« Would the work of art exist if it was never confronted
with a public ?
Obviously, the answuer is no.
Therefore this public takes part in the existence of the work,
even if he has nothing to do with its process of creation.
Very conscious of this problematics, B2Fays questions, calls
to, issues a challenge to this public to let him enter his
reactions within the work, through advanced technologies,
at the early beginnings of its creation. This encounter gives
rise to an exchange of signs, visual and sound traces from
her own exploration and from the discovery of the other.
Thus, going into painting goes beyond appearance and probably
beyond individuals within their banality to be close to the
essence of being, the creative energy of human being the breath
ot soul. »
Alain Lidralt. 13 june 2005 |
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Voyageurs de "l'entre"
Avec sa nouvelle création immersive, Béatrice
2Fays nous invite à vivre une expérience artistique
totalement réjouissante. Voyageurs de "l'entre",
nous voici emportés dans un flux luxuriant d'images,
jouant de l'entrelat subtil de mille paysages en dentelles.
Ces instants font écho à la poésie des
carnets de voyages vidéo de Robert Cahen. Mais ici,
nous voici acteurs du processus de création. Nous voici
impliqués, forcés à prendre possession
de ce moi virtuel, cet "autre je" qui existe dans
l'abondance des couleurs, derrière le miroir. Pas simplement
pour le plaisir du jeu. Mais pour saisir un peu de nous-même
dans cet éphémère espace-temps. Etre
un instant corps à corps, à l'unisson avec le
monde.
Une expérience généreuse, à l'image
de celle qui, derrière sa machine, contrôle le
flux de la matrice et donne vie à nos émotions.
Nils Aziosmanoff. Traduction : Elen Riot. 26 mars 2006 |
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Travellers of the "In
between"
With her new immerging creation, Béatrice 2Fays invites
us to enjoy a fullfilling artistic experience. Travellers
of the "In between", we are carried by a luxuriating
stream of images, an interplay of subtle entwining laces of
thousands of landscapes. These instants echo the poetry of
video travel diaries by Robert Cahe. But here, we become the
authors of this creation process. We must commit and be in
charge of this virtual self, this "other I" that
exists in an infinite flood colours, through the looking glass.
Not only for the sake of the game. But to capture a little
part of ourselvred in that ephemeral time and space. In an
instant,in-fight, in tune with the world.
A generous experience, as generous as the one who, behind
her machine, controls the stream of the matrix and gives life
to our emotions.
Nils Aziosmanoff. Translation : Elen Riot. 26 mars 2006 |
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